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Quand le Copyright Office des États-Unis a demandé au public ce qu’il pensait de l’IA et du droit d’auteur, il a reçu plus de 10 000 commentaires. Ce déluge en dit long : presque tous ceux qui créent pour gagner leur vie ont un avis sur la propriété des œuvres faites avec l’IA, et beaucoup de ces avis sont faux.
Pour un indépendant, ce n’est pas un débat abstrait. Il détermine si vous pouvez empêcher un concurrent de copier le logo créé dans un générateur d’images, si les photos produits de votre boutique vous appartiennent vraiment, et quoi répondre à un client qui demande s’il est propriétaire du design livré. Voici cinq idées reçues, confrontées à ce que le Copyright Office et les tribunaux ont réellement dit.
Une précision : il s’agit d’informations générales sur le droit américain, pas d’un conseil juridique. Les règles diffèrent selon les pays, et un court échange avec un avocat en propriété intellectuelle vaut la peine avant de bâtir une marque sur des contenus générés par IA.
Idée reçue n° 1 : « J’ai écrit le prompt, donc l’image est à moi »
Verdict : plutôt faux.
En janvier 2025, le Copyright Office a publié la partie 2 de son rapport sur le droit d’auteur et l’IA, consacrée précisément à cette question. Sa conclusion : les prompts seuls ne donnent généralement pas assez de contrôle sur le résultat pour faire de vous son auteur. Le raisonnement est intuitif : vous pouvez taper deux fois le même prompt et obtenir deux images très différentes, donc cette image précise vient de la machine, pas de vous.
Un prompt long et astucieux n’y change rien. Rédiger des instructions ressemble davantage à passer commande qu’à créer.
Idée reçue n° 2 : « Rien de ce qui passe par l’IA ne peut être protégé »
Verdict : faux, et c’est la bonne nouvelle.
Le même rapport indique clairement qu’utiliser l’IA comme outil n’efface pas vos droits. Les apports humains peuvent toujours être protégés, notamment :
- Votre propre matériel original présent dans le résultat, comme un croquis que vous avez dessiné et fourni à l’outil.
- La sélection et l’agencement créatifs d’éléments générés, par exemple la façon dont vous combinez images et texte dans une mise en page.
- Les modifications significatives que vous apportez à la main après la génération.
L’exemple le plus connu est la bande dessinée Zarya of the Dawn. Le Copyright Office a laissé à l’autrice la protection de ses textes et de l’agencement des pages, mais pas celle des images Midjourney prises une à une. En pratique, plus votre main est présente dans l’œuvre finale, plus vous pouvez en protéger.
Idée reçue n° 3 : « Les tribunaux vont bientôt changer tout ça »
Verdict : peu probable à court terme.
La principale affaire test est allée dans l’autre sens. En mars 2025, la cour d’appel fédérale du circuit du district de Columbia a jugé dans Thaler v. Perlmutter que le droit d’auteur exige un auteur humain, et a confirmé le refus d’enregistrer une œuvre présentée comme créée par un système d’IA. Dans cette affaire, la machine était déclarée seule autrice, un cas plus extrême que la plupart des usages d’une petite entreprise, mais il montre où se situe le point de départ.
Les règles peuvent évoluer, et le Copyright Office met à jour sa page de ressources sur l’IA à mesure que paraissent de nouvelles parties de son étude. Mais bâtir votre marque en misant sur une future décision, c’est un pari, pas un plan.
Idée reçue n° 4 : « Si je ne peux pas le protéger, je ne peux pas l’utiliser »
Verdict : faux.
Celle-ci provoque des paniques inutiles. Ne pas pouvoir enregistrer le droit d’auteur d’une image ne veut pas dire qu’il vous est interdit de l’utiliser. En général, vous pouvez quand même placer une image créée par IA sur votre site, dans une publication sur les réseaux sociaux ou sur un flyer, sous réserve des conditions de l’outil utilisé. La plupart des grands outils d’images, y compris ceux intégrés à Canva et à ChatGPT, autorisent les abonnés payants à exploiter commercialement les résultats, mais lisez les conditions actuelles de votre forfait.
Ce que vous perdez, c’est l’exclusivité. Si un concurrent copie votre visuel principal créé par IA, vous n’aurez peut-être aucun recours en droit d’auteur pour l’en empêcher. Pour une illustration de blog, ce n’est pas grave. Pour un logo ou un design produit censé vous être propre, c’est un vrai problème.
Idée reçue n° 5 : « Les clients ne posent jamais la question, donc peu importe »
Verdict : risqué.
Les freelances voient de plus en plus de contrats qui leur demandent de garantir que le travail est original et que le client en sera pleinement propriétaire. Si une part importante de ce travail sort tout droit d’un générateur d’images, cette promesse peut être difficile à tenir. L’inverse vaut aussi : si vous confiez votre logo à un graphiste, vous voulez savoir quelle part a réellement été faite par un humain.
La détection devient aussi plus facile. Nous avons expliqué le fonctionnement des nouveaux filigranes dans notre article sur les idées reçues autour du filigrane texte d’OpenAI. Le plus sûr est d’être transparent sur ce qui a été fait avec l’aide de l’IA et de fixer vos prix en conséquence.
Une règle de conduite simple et solide
Rien de tout cela ne signifie qu’il faut renoncer à l’IA pour vos visuels. Il s’agit d’adapter l’outil au degré de propriété dont chaque élément a besoin :
- Éléments jetables (publications sociales, illustrations de blog, planches d’inspiration) : utilisez l’IA librement. L’exclusivité compte à peine.
- Éléments de marque (logo, mascotte, designs produits phares) : servez-vous de l’IA pour les idées, puis faites redessiner ou retravailler en profondeur la version finale par un humain, et gardez les brouillons qui montrent votre démarche.
- Livrables clients : ajoutez à votre contrat une ligne précisant les outils que vous utilisez et que les éléments générés uniquement par IA peuvent ne pas être protégés par le droit d’auteur.
- Enregistrement : si vous enregistrez une œuvre comportant des parties générées par IA, le Copyright Office attend que vous le déclariez et que vous ne revendiquiez que la part humaine.
Si vous n’avez pas encore de règles écrites sur l’usage de l’IA dans votre activité, notre guide pour rédiger une politique IA sur une page contient une section à adapter au travail créatif. Et si vous créez des visuels dans Canva, notre test de Canva Craft montre quels types d’images son nouveau modèle maîtrise le mieux.
Le mot de la fin du sceptique
Les images créées par IA sont utilisables, mais elles ne sont pas automatiquement à vous au point de pouvoir les défendre. Plus un élément compte pour votre marque, plus il demande de travail humain avant que vous puissiez dire qu’il vous appartient. Un client vous a-t-il déjà demandé si votre travail était fait par IA ? Racontez-nous votre réponse en commentaire.



